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mercredi 20 janvier 2010

SONNET A LA NUIT - M. Rollinat


Mère des cauchemars amoureux et funèbres

Madone des voleurs, complice des tripots,

Ô nuit, qui fais gémir les hiboux, tes suppôts,

Dans le recueillement de tes froides ténèbres


Que tu couvres de poix opaque ou que tu zèbres

Les objets las du jour et friands de repos

Je t'aime, car tu rends mon esprit plus dispos,

Et tu calmes mon coeur, mon sang et mes vertèbres.


Mais, hélas ! dans ta brume où chancellent mes pas,

Mon regard anxieux devine et ne voit pas ;

Et j'écarquille en vain mes prunelles avides !


Oh ! que n'ai-je les yeux du chacal ou du lynx

Pour scruter longuement les grands spectres livides

Que j'entends palpiter sous ta robe de sphinx !


Rollinat - Les Spectres

dimanche 6 décembre 2009

Rollinat

Maurice Rollinat – poète français, 1846-1903

La postérité laisse parfois sceptique.

Ainsi, de nos jours, combien sont ceux qui ont entendu parler de Maurice Rollinat ? Pratiquement personne. Et pourtant, Maurice Rollinat fut un poète exceptionnel, un auteur sensible, sincère et talentueux.

Certes, sa poésie avait de quoi déranger : son plus grand succès, Les Névroses, publié en 1883, offre au lecteur un inquiétant voyage sous forme de vers noirs et macabres. Mais force est de constater la beauté ainsi que la force évocatrice de sa poésie.

Dès lors, pourquoi l'histoire littéraire n'a pas davantage retenu son nom ? Probablement, et paradoxalement, à cause de l'engouement initial que sa poésie suscita. En effet, Maurice Rollinat fit sensation dans les salons avant la sortie des Névroses ; le tout Paris parla beaucoup de lui, certainement trop, parfois avant même d'avoir entendu ses poèmes. Dès lors, certains critiques littéraires eurent la condescendance facile et cristallisèrent l'auteur en phénomène de mode au lieu de le consacrer pour la postérité. De son côté, l'auteur s'enfuit à la campagne. On l'oublia.

Je me fais donc un devoir de réhabiliter Maurice Rollinat, qui mériterait de figurer au panthéon des poètes français. Je publierai régulièrement ici certains de ses meilleurs poèmes, à ma connaissance inédits sur le web, et, si je ne m'abuse, actuellement introuvables en librairie.